Inger Wolf

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Biographie

Après avoir travaillé comme traductrice, Inger Wolf, aujourd’hui 40 ans, a publié son premier thriller en 2006 et a aussitôt remporté le Danish Detective Academy’s Debutant Award. Elle est traduite dans les pays nordiques mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne.

Bibliographie

2006 : Noir Septembre.
2009 : La glace et les cendres.
2010 : L’Oiseau chanteur.
2011 : Nid de guêpes.
2012 : Mauvaises Eaux.

Entretiens avec Inger Wolf

(propos recueillis par Alex Fouillet, que nous remercions ici)

Quand et comment t’est venue l’envie d’écrire des romans policiers, et pourquoi Daniel Trokic ? D’où vient-il ?

J’ai toujours aimé les polars et j’en ai lu plein quand j’étais plus jeune. Pourtant, ce n’est qu’en 2003 que j’ai commencé à en écrire. J’habitais près d’un bois où je faisais de grandes promenades. C’était une grande forêt, parfois assez peu fréquentée. Je m’y promenais un jour et le soir allait bientôt tomber, j’ai imaginé qu’on retrouvait une mère célibataire – comme je l’étais moi-même à ce moment-là – la gorge tranchée. En rentrant à la maison, j’ai continué à construire cette histoire. Qui l’avait assassinée et pourquoi ? L’idée du commissaire dano-croate Daniel Trokic est venue des nombreux ouvrages que je lisais à l’époque sur les massacres et la guerre en ex-Yougoslavie. Je voulais lui donner un passé qui en fasse quelqu’un de plus complexe, qui s’était déjà frotté à la méchanceté – mais sur un autre plan. Une fois que j’ai eu écrit un livre sur lui, j’ai eu envie d’en écrire d’autres.

Les actualités jouent-elles un rôle important dans ce que tu écris, ou est-il principalement question de ton imagination ? D’autres auteurs disent que les journaux sont une source essentielle d’inspiration, qu’en penses-tu ?

En ce qui me concerne, je suis plus inspirée par des histoires réelles lues dans des ouvrages documentaires sur des affaires criminelles ou des tueurs en série. Ce sont souvent des éléments dans ce genre d’histoire qui constituent mon point de départ. Mais souvent, je collecte des fragments d’autres histoires et de documents, petit à petit. Les guêpes de Nid de guêpes viennent d’une chanson que j’ai entendue pendant que j’écrivais, A Mouthful of Wasps – elles sont ainsi devenues un élément important de ce livre. Une espèce de grande mosaïque de pièces distinctes finissent par se rassembler en un tout qui m’est propre.

C’est sans doute plus compliqué d’écrire sur un milieu relativement petit comme Århus que sur une plus grande ville ; jusqu’à quel point la réalité et la fiction sont-elles mêlées ? Est-il déjà survenu des situations délicates (ou drôles) à cause de ça ?

J’utilise beaucoup le décor réel d’Århus comme source d’inspiration. J’ai vécu dans cette ville la majeure partie de ma vie, c’est un décor qu’il a été facile d’utiliser parce que les endroits où se déroulent les scènes sont proches. Mais on se laisse aussi facilement piéger à écrire des choses qui font croire aux gens qu’il s’agit de personnages réels vivants. Il faut par ailleurs toujours contrôler que la géographie correspond. À une occasion, j’étais dans une petite commune de banlieue d’Århus, et j’ai été obligée d’ajouter un chemin imaginaire entre plusieurs rues pour que mon histoire se tienne. Dans ces cas-là, on est certain d’avoir un retour des lecteurs qui savent justement qu’il n’y a pas de chemin à cet endroit-là !

Combien de temps te faut-il pour écrire un livre, et as-tu une façon précise d’écrire ?

Il me faut environ six mois pour écrire un livre, en comptant les recherches préliminaires. Ma façon de procéder change un peu d’une fois sur l’autre. En général, j’écris surtout l’après-midi, et je me fixe un objectif précis pour une période donnée sur la quantité que je dois écrire chaque jour. Si je ne peux pas écrire assez un jour, il faut que j’écrive davantage le lendemain. Ça réclame un peu d’autodiscipline, et il m’arrive de piétiner, de traverser une crise et de stresser parce que je n’arrive pas à faire avancer l’intrigue. Mais je finis toujours par faire repartir la machine et à rattraper le retard.

Fais-tu une grosse différence entre les romans policiers nordiques et les autres ? Qu’est-ce qui caractérise pour toi le roman policier danois ? Que penses-tu du genre policier aujourd’hui d’une façon générale ?

Je crois vraiment que les romans policiers nordiques ont des points communs. Ils se déroulent souvent dans des milieux assez petits où les descriptions des personnages sont très importantes, et beaucoup d’écrivains sont très attachés à cet aspect de réalisme social. Ces romans sont aussi souvent empreints de tristesse, leurs personnages principaux expriment volontiers une certaine mélancolie. J’aime bien les romans policiers nordiques et il est plutôt intéressant de voir leur évolution dans le temps, d’autant que leurs auteurs s’améliorent constamment. Le standard est assez élevé, et je crois que c’est pour cette raison qu’ils sont si populaires dans le reste du monde, où il y a pourtant de nombreux auteurs de romans policiers qui connaissent leur boulot.
Si l’on considère les ouvrages danois, je crois qu’ils sont moins politiques qu’une grande partie des polars suédois, par exemple. Nous sommes moins moralisateurs, mais en même temps, ce sont souvent des romans où l’écologie joue un très grand rôle. Par ailleurs, les Danois sont surtout très fort dans les séries télévisées policières. En ce qui me concerne, je me considère avant tout comme une écrivaine de romans policiers danoise, et beaucoup de mes modèles ne sont pas nordiques : Thomas Harris, Ian Rankin et, chez toi, Jean-Christophe Grangé. Ils ont des capacités qui leur sont propres et que j’admire. Quoi qu’il en soit, le roman policier nordique est devenu une tradition dont je suis fière de faire partie !