Alex Fouillet

Alex Fouillet est né à Paris, en 1974. Titulaire d’une maîtrise de scandinave à Paris IV – Sorbonne, ses compétences linguistiques s’étendent aussi à l’anglais et à l’espagnol. Il a d’abord enseigné en « français langue étrangère » avant de commencer sa carrière de traducteur du norvégien et du danois en 2001.
Alex a très vite trouvé sa place au milieu d’auteurs talentueux tels que Jo Nesbø, Karin Fossum, Anne Holt, Gunnar Staalesen ou encore Jonas T. Bengtsson.
Il compte aujourd’hui une quarantaine de traductions à son actif dont Nid de guêpes et Mauvaises eaux pour Mirobole Editions.

Et pour connaître un peu plus Alex, ses goûts et projets, voici une petite interview réalisée par nos soins

Alex Fouillet, qui êtes-vous ?

Je suis traducteur littéraire. En bientôt douze ans, j’ai traduit dix livres de Jo Nesbø, douze de Gunnar Staalesen, quatre d’Anne Holt et trois de Karin Fossum, en plus de onze autres romans essentiellement norvégiens. J’ai commencé à traduire du danois il y a peu avec Submarino de Jonas T. Bengtsson pour Denoël.

Comment êtes-vous devenu traducteur ?

J’ai commencé à apprendre le norvégien à la Sorbonne en 1997, après avoir constaté que le milieu de la banque, dans lequel je projetais de travailler à temps plein, avait beaucoup changé et ne me plaisait plus du tout. Dès la première année, les épreuves de partiels de la Sorbonne comptent une version, assez souvent un extrait de roman de Gunnar Staalesen (style soigné, vif, amusant, idéal pour ce genre d’exercice). J’avais repéré le nom et j’ai voulu en lire en français, mais je n’en ai pas trouvé. Alors la seconde année, j’ai commandé Begravde hunder biter ikke et j’ai commencé à le lire tant bien que mal, et assez rapidement à le traduire à titre personnel, mais aussi pour les gens dans mon entourage que ce genre de roman intéresserait. Quand j’en ai eu traduit environ la moitié, quelqu’un m’a demandé si je ne voulais pas proposer cette traduction à un éditeur. Je lisais beaucoup de Jørn Riel à l’époque, alors c’est vers Gaïa que je me suis tourné. Par un heureux hasard, Gaïa allait lancer une collection de romans policiers et s’intéressait de près à Gunnar Staalesen. Je travaillais avec une amie norvégienne, Elisabeth Tangen, et c’est avec elle que j’ai traduit trois romans de Gunnar Staalesen et un de Jo Nesbø pour les éditions Gaïa. Après avoir quitté Paris, j’ai continué seul, même si Elisabeth n’est jamais très loin…

Avez-vous des livres de chevet ?

Quelques-uns, oui. Submarino de Jonas T. Bengtsson, que j’ai eu le bonheur de traduire pour Denoël, et, dans les classiques, Møte ved milepelen de Sigurd Hoel, un roman sur l’occupation allemande en Norvège, encore inédit en France, et En flyktning krysser sitt spor d’Aksel Sandemose (Un fugitif recoupe ses traces, sous-titré Récit de l’enfance d’un meurtrier, en cours de traduction pour les Presses Universitaires de Caen). Mikael Brenne, l’antihéros avocat de Chris Tvedt (un auteur également inédit en France), est l’un de mes personnages récurrents préférés, j’espère que ses livres trouveront leur public dans notre pays.

C’est noté… Sauriez-vous nous dire ce que vous aimez dans la « littérature nordique » ?

De façon générale, c’est le mélange de distance, le plus souvent exprimé par l’humour, et d’une composante psychologique et sociale forte qui m’intéresse dans les littératures nordiques. Dans le roman policier nordique en particulier, les auteurs ont su transposer ou adapter les classiques du genre, anglo-saxons ou français, pour une critique de la société et de l’État providence tels qu’ils sont depuis les années 1960. Dans la grande tradition littéraire médiévale en Scandinavie, le plus important est de divertir, de raconter une histoire qui fasse réfléchir. Le genre policier n’est qu’un truchement. C’est par cette approche que les auteurs scandinaves ont évité les clichés les plus redoutables dans ce domaine littéraire.

Et Nid de guêpes : encore un polar scandinave, encore un tueur en série… qu’est-ce que celui-ci a d’original ?

À partir d’un style soigné et d’une intrigue bien construite, l’auteur a su éviter ce qui dessert le genre : il n’y a pas de dichotomie nette entre le bien et le mal, entre les gentils et les méchants (il n’y a pas de véritable méchant, en fin de compte), et les poncifs habituels nous ont été épargnés : Trokic n’est ni alcoolique ni toxicomane, n’est pas en contradiction ouverte avec ses supérieurs, il ne se bat pas avec une situation personnelle particulièrement délicate même si sa vie n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Ni caricatural ni banal, c’est un personnage proche, comme le sont presque tous ceux d’Inger Wolf. Par ailleurs, l’idée de placer le récit à Århus et non à Copenhague ou Odense permet d’échapper à la traditionnelle plaquette de syndicat d’initiative que nous servent quasi invariablement les autres policiers nordiques.

Quels sont vos prochains projets ?

Dès la rentrée prochaine, je prévois de mener des travaux de recherches universitaires sur les dialectes norvégiens et la difficulté qu’ils représentent dans le travail de traduction.

Et, en traduction, un roman policier de Gunnar Staalesen pour Gaïa (série des Varg Veum), les romans d’Aksel Sandemose et de Sigurd Hoel mentionnés, Jernkorset (La croix de fer) de Jon Michelet pour les Presses Universitaires de Caen et I morgen var jeg alltid en løve, un excellent témoignage d’une ancienne schizophrène devenue psychologue, Arnhild Lauveng (Cappelen Damm 2005-2008), dont le titre français reste encore à déterminer, pour les éditions Autrement. Sans oublier le prochain volet des enquêtes de Trokic pour Mirobole.