Benoît Meunier

Pourquoi et comment êtes-vous devenu traducteur ?

Par hasard. A la fin des années 90, j’ai vécu quelques temps à Prague. Quand je suis rentré en France, j’ai repris des études de langues, et j’ai découvert que je pouvais obtenir un diplôme de tchèque à Paris IV. Mon professeur de l’époque, M. Galmiche, m’a proposé de traduire un inédit de Hrabal : ma première traduction publiée. La machine était lancée… Je suis revenu m’installer définitivement à Prague en 2004.

Arrivez-vous à vivre grâce à la seule traduction ?

Non. Je suis traducteur à mi-temps ; à côté, j’enseigne le français, parfois la traduction. Je pourrais vivre uniquement de la traduction si je combinais la traduction commerciale, technique et juridique à la traduction littéraire, mais, personnellement, je préfère alterner ces deux activités, qui se complètent bien, l’une sociale et l’autre solitaire. Quant à vivre de la traduction littéraire, pour mon domaine, le tchèque, c’est presque impossible ; il faudrait publier au moins 4 livres par an…

Quels sont les livres qui vous ont marqué, les lectures récentes qui vous ont plu… ?

Je lis surtout en français, pour diverses raisons. D’abord parce que je suis immergé dans le tchèque à longueur de journées (même à la maison !), ensuite parce que c’est la langue dans laquelle je me « nourris ». Ces derniers mois, j’ai plongé dans l’univers d’Antoine Volodine, qui m’a laissé perplexe et m’a semblé très riche. J’ai aussi beaucoup aimé les romans de José Saramago. Toujours en littérature, je sors juste de deux incontournables Perec… Difficile de faire la liste exhaustive des livres qui m’ont marqué !

Que pouvez-vous nous recommander en littérature tchèque ?

Il y a bien sûr quelques classiques à lire absolument : Jaroslav Hašek, Bohumil Hrabal, Karel Čapek. Les romans de Ladislav Klíma méritent le détour (aux éditions La Différence). Plus récents et moins connus, par exemple : Jan Zábrana (Toute une vie), Josef Škvorecký (Les Lâches). Parmi les écrivains actuels, je recommanderais les livres de Patrik Ouředník (aux éditions Allia) et ceux de Jachým Topol (en livre de poche). Il y a aussi de formidables livres pour enfants : Petr Sís, Pavel Čech…

Qu’est-ce qui vous a plu dans l’ouvrage de Michal Ajvaz, L’autre ville ?

Presque tout, en fait. La manière dont Prague est mise en scène et littéralement démantibulée, assaillie par les forces de l’imaginaire… Le propos sur les limites de notre perception et la peur de l’inconnu, aussi. Et puis surtout les images, exotiques, délirantes, presque surréalistes.

Quels sont vos prochains projets ?

Je prépare actuellement la traduction commentée d’un livre de Patrik Ouředník qui raconte la Normalisation. J’essaie aussi de terminer un petit dictionnaire des faux-amis en tchèque et en français. Après, j’ai plusieurs idées de livres à traduire en tête, mais il va d’abord falloir trouver des éditeurs prêts à se lancer dans l’aventure !

Votre bibliographie chronologique :

. Zrádná slova ve francouzštině / Lexique de faux-amis, Leda, Prague, 2016
. L’autre ville, roman de M. Ajvaz, Mirobole, Bordeaux, 2015
. Sacré Médor, littérature jeunesse, R. Čechura, La Joie de lire, Genève, 2014
. L’Odyssée 130, Nikkarin, Oskar Ed, B. Jelinek, Muriel et les anges, K. Saudek, Le Silence de l’hippopotame, D. Böhm, bandes dessinées, éditions numérique BigBookBrotherhood, Prague, 2011-2014
. Hier ou après-demain, pièce de théâtre de P. Ouředník, 2012, Paris, Éditions Allia
. Voyage vers le Nord, carnets de voyages de K. Čapek, 2010, Paris, Éditions du Sonneur
. Le silence aussi, poèmes de P. Ouředník, 2011, Paris, Éditions Allia
. Anthologie de la littérature tchèque contemporaine, Czechlit.cz, 2004-2008
. Jarmilka, roman de B. Hrabal, L’Esprit des péninsules / Le Livre de poche, Paris, 2004