Carine Bruy

Biographie

Née en 1973, Carine Bruy est titulaire d’un D.E.A. d’études irlandaises et d’une licence de langues scandinaves. Passionnée de métal extrême, elle affectionne tout particulièrement les univers décalés et l’humour noir. Elle compte à son actif une trentaine de traductions d’ouvrages suédois et norvégiens, dont Les Furies de Borås pour Mirobole Editions.


Présentation : Pourquoi et comment êtes-vous devenu traductrice ?

Passionnée de littérature depuis toujours ou presque, j’avais été si profondément marquée par La Honte de Bergljot Hobaek Haff que j’avais décidé d’apprendre le norvégien pour pouvoir lire l’ensemble de son œuvre. Quelques années plus tard, je me suis engagée dans un cursus de langues scandinaves à l’issue duquel on m’a proposé de participer à un concours organisé par l’Institut Suédois à la demande d’éditeurs français en manque de traducteurs. L’expérience fut concluante et depuis j’enchaîne les traductions avec délectation.

Arrivez-vous à ne vivre grâce à la seule traduction ?

Pour l’instant, oui, mais je suis consciente d’être privilégiée et cela requiert de nombreux sacrifices. Pour vivre de ce métier, il faut oublier les notions de week-ends et de vacances, et il est difficilement conciliable avec une vie de famille. Bref, il faut vraiment être animé par une passion dévorante pour la littérature.

Quels sont les livres qui vous ont marquée, les lectures récentes qui vous ont plu… ?

J’ai toujours consacré une grande partie de mon temps à la lecture et les textes qui m’ont secouée sont presque innombrables, mais parmi ceux qui me hantent et que je relis régulièrement, je mentionnerais Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar, l’œuvre de Céline, les romans de Bergljot Hobaek Haff, la poésie de William Blake ou encore les textes de Léo Ferré. Les deux romans qui m’ont le plus impressionnée au cours des dernières années sont Korparna (Les corbeaux) de Tomas Bannerhed, qui doit à ma connaissance être publié en France aux éditions Gallimard, et Gretel and the Dark d’Eliza Granville, un roman majeur que je suis très heureuse de pouvoir bientôt traduire pour Mirobole.

Pourquoi vous consacrez-vous à la littérature suédoise ?

Il est vrai que j’ai surtout traduit des textes suédois, mais également des romans norvégiens. Cela est essentiellement lié à mes compétences linguistiques, car mon intérêt est loin de se limiter à la littérature scandinave. Je suis d’une curiosité insatiable et mon seul regret est de ne pas avoir plus de temps pour lire davantage encore et apprendre d’autres langues.

C’est vous qui avez proposé Les Furies de Borås à Mirobole. Pourquoi ? Comment les choses se sont-elles passées ?

J’avais dévoré les trois recueils de nouvelles d’Anders Fager à leur publication en Suède et je leur cherchais en vain un éditeur français depuis plusieurs années, les nouvelles, qui plus est d’horreur, n’étant pas un genre très prisé en France. J’avais presque renoncé à l’espoir de les faire découvrir au public français, quand je suis entrée en contact avec les éditions Mirobole au sujet de la traduction d’un autre texte. Vous aviez déjà un traducteur pour le roman en question, mais vous m’avez invitée à vous proposer des textes correspondant à votre ligne éditoriale. Quand j’ai vu que vous recherchiez des auteurs à l’univers décalé et que le fantastique ne vous effrayait pas, bien au contraire, j’ai tout de suite pensé à Anders Fager. Vous avez accueilli ma suggestion avec enthousiasme, même si le volume total des nouvelles (environ 600 pages en suédois) était bien trop important pour lancer un auteur totalement inconnu en France. Vous m’avez alors demandé d’effectuer une sélection. La tâche fut loin d’être aisée, car ces textes fourmillent d’échos entre eux, mais je suis finalement parvenue à reconstruire un recueil qui me paraissait cohérent et représentatif des différents aspects de l’écriture de cet auteur. À mon immense joie, Anders Fager a avalisé mes choix et nous avons alors pu nous lancer dans le processus de traduction.Vous avez traduit le thriller horrifique Laisse-moi entrer, du Suédois John Lindqvist (Télémaque).

Diriez-vous que les ouvrages de Anders Fager et John Lindqvist présentent des traits communs ? Qu’est-ce qui les différencie ?

John Lindqvist et Anders Fager prennent tous les deux un malin plaisir à s’approprier des mythes et des figures puisés dans des traditions très diverses pour construire un univers qui leur est propre et traiter de sujets parfois difficiles à aborder. Je pense notamment à la problématique de la pédophilie que John Lindqvist aborde sans tabou dans Laisse-moi entrer. Je songe également à son attaque en règle contre la bureaucratisation et l’inhumanité croissante de nos sociétés dans Le retour des morts, l’autre roman que j’ai eu le plaisir de traduire pour Télémaque. On note la même attitude douce-amère et la même tendresse pour l’humanité chez ces deux auteurs. Chez l’un comme chez l’autre, le monstre n’est généralement pas celui que l’on croit. Ils partagent aussi un même souci du détail et leurs textes sont des mécaniques parfaitement huilées. L’écriture d’Anders Fager est peut-être plus littéraire que celle de John Lindqvist, encore que ce soit discutable, et l’humour ironique qui habite ses textes n’est peut-être pas aussi évident que chez John Lindqvist.Carine, un livre d’horreur suédois… Pourquoi ne “faites”-vous pas des polars suédois, comme tout le monde ?…

Pourquoi aimez-vous l’horreur ?

Mais je fais du polar suédois ! J’en fais même beaucoup. Et du norvégien aussi. Soyons francs : j’apprécie les bons polars et j’étais par exemple enchantée d’assurer la traduction du premier roman de Cilla et Rolf Börjlind à paraître au Seuil, mais tous les polars suédois ne se valent pas et la publication de certains ne me semble correspondre qu’à un effet de mode et à des intérêts commerciaux. Et puis, comme vous l’aurez compris, je suis très éclectique dans mes goûts et je m’intéresse davantage au propos d’un auteur et à la qualité de son écriture qu’au genre qu’il ou elle choisit pour s’exprimer. Pour autant, j’ai une affection particulière pour l’horreur. Je suis une fan de métal extrême et de tatouages depuis des décennies. Les monstres en tous genres pullulent littéralement dans ces univers et ils hantent mon imaginaire depuis longtemps. Aux dires de certains, je suis un sacré petit monstre dans mon genre, alors il faut croire que je recherche la compagnie de mes semblables ! Pour moi, l’horreur, c’est cette capacité à se confronter à ce que la nature humaine a de plus vil avec un regard décalé et un humour aussi noir que féroce. La figure du monstre permet aussi d’éviter le politiquement correct et l’hypocrisie…

Quels sont vos prochains projets ?

Je termine actuellement la traduction du troisième volet de la trilogie d’Anders de la Motte, du cyber-polar, pour les éditions Fleuve Noir. Je vais ensuite m’attaquer à la relecture de ma traduction d’un quatrième polar d’Anna Jansson pour les éditions du Toucan. J’espère ensuite pouvoir me mettre au travail sur Gretel and the Dark d’Eliza Granville.

Avez-vous un mot de la fin ?

L’espoir de pouvoir continuer à exercer cette magnifique fonction de pont entre les cultures pendant longtemps encore et de rester dans cet entre-deux que j’aime tant.

Votre bibliographie chronologique (non exhaustive) :

L’inconnu du Nord (Främmande fågel). Roman policier de Anna Jansson, Toucan, Juin 2009.
Laisse-moi entrer (Låt den rätte komma in). Roman fantastique de John Ajvide Lindqvist, Télémaque, Février 2010.
Le consolateur (Tröstaren). Roman policier de Karin Wahlberg, Toucan, Février 2010.
Le pacte boréal (Stum sitter guden). Roman policier de Anna Jansson, Toucan, Juin 2010.
Donne-moi tes yeux (Ge mig dina ögon). Roman policier de Torsten Pettersson, Télémaque, Juin 2010.
Bonne nuit, mon amour (God natt min älskade). Thriller de Inger Frimansson, First, Septembre 2010.
L’ombre dans l’eau (Skuggan i vattnet). Thriller de Inger Frimansson, First, Février 2011.
Charlotte Isabel Hansen, (idem). Roman de Tore Renberg, Mercure de France, Mars 2011.
La noyée (Den drunknade). Roman de Therese Bohman, Balland, Mai 2011.
L’unité (Enhet). Roman de Ninni Holmqvist, Télémaque, Juin 2011.
La fille du gardien du phare (Fyrmästarens dotter). Roman policier d’Ann rosman, Balland, Septembre 2011.
L’évangile selon Francy (Francys Evangelium). Roman d’Amanda Lind, First. Septembre 2011.
Le livre de Johannes (Nådens omkrets). Roman policier de Jørgen Brekke, Balland, Janvier 2012.
Une petite île heureuse (En lycklig liten ö). Roman de Lars Sund, Mercure de France, Février 2012.
Le retour des morts (Hanteringen av odöda). Roman de John Ajvide Lindqvist, Télémaque, Juin 2012.
Quelque part en nous (Någonstans inom oss). Roman de Kajsa Ingemarsson, Balland, Octobre 2012.
Derrière les remparts (Silverkronan). Roman policier d’Anna Jansson, Toucan, Octobre 2012.
Le testament de Francy (Francys testament). Roman d’Amanda Lind, First, Novembre 2012.
Le livres de Johannes (Nådens omkrets). Roman policier de Jørgen Brekke, Balland. Janvier 2012
L’enfant qui ne souriait pas (Bara ett barn). Roman de Malin Persson Giolito, Belfond, Mars 2013.
Au fond de ton cœur (Göm mig i ditt hjärta). Roman policier de Torsten Pettersson, Télémaque, Mars 2013.
Mélodie pour une insomnie (Drømmeløs). Roman policier de Jørgen Brekke, Avril 2013.
Pixley Mapogo (idem). Roman de Tore Renberg, Mercure de France, Mai 2013.
Le jeu : Niveau 1 : Oserez-vous entrer (Geim). Cyber-polar de Anders de la Motte, Fleuve Noir, Juin 2013.
Aung San Suu Kyi. Un pays, une femme, un destin (Aung San Suu Kyi, en kamp för frihet). Biographie de Jesper Bengtsson, Prisma, Septembre 2013.
L’analphabète qui savait compter (Analfabeten som kunde räkna). Roman de Jonas Jonasson, Presses de la Cité, octobre 2013.