Frédéric Fourreau

Pourquoi et comment êtes-vous devenu traducteur ?

Familiarisé de longue date à la culture danoise, j’ai effectué une partie de mes études au Danemark et obtenu une maîtrise de langues scandinaves à l’université de Caen, puis un DEA de langues germaniques à Paris IV. Parallèlement, j’ai étudié l’histoire, me spécialisant en histoire de la Scandinavie, ce qui m’a amené à traduire un certain nombre d’ouvrages de spécialistes danois, suédois et norvégiens. Cela, associé au fait que je m’intéressais à la littérature scandinave, m’a tout naturellement conduit à la traduction. J’ai d’abord suivi les conseils de mes anciens professeurs à l’université de Caen (Eric Eydoux, Eric Boury, Philippe Bouquet, Jean Renaud) avant que Deborah Druba, chez Fleuve Noir, me confie mes premières lectures et Eva Bredin, chez JC Lattès, ma première traduction en 2010 (A J Kazinski, Le dernier homme bon, Prix Relay 2011). Depuis, j’ai traduit une dizaine de polars et thrillers et, plus récemment, un roman pour adolescents un peu déjanté (La mort du Père Noël, qui sortira chez Pocket Jeunesse en fin d’année) et un album de littérature jeunesse plein de surprises (La fabuleuse histoire de la poire géante, également chez PKJ).

Arrivez-vous à vivre grâce à la seule traduction ?

Tout à fait. En me limitant à 3-4 romans par an pour ne pas négliger ma vie de famille ni mes autres activités.

Quels sont les livres qui vous ont marqué, les lectures récentes qui vous ont plu… ?

C’est peut-être dû à ma formation en histoire, mais j’ai des goûts plutôt classiques et je connais bien mieux les littératures antique et du XIXe siècle que la littérature contemporaine. Toutefois, j’apprécie énormément l’œuvre de Jørn Riel et je me rappelle avoir été très marqué, il y a déjà quelques années de cela, par le roman tourmenté du Suédois Stig Dagerman, L’enfant brûlé. Dans le créneau dans lequel j’officie principalement, à savoir le polar, je suis bien sûr un grand fan de la série des Martin Beck, du couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö, mais je ne me lasse pas non plus des romans d’Arnaldur Indridason.

Que pouvez-vous nous recommander en littérature danoise ?

Quand on m’a confié mes premières lectures, en 2010, je me rappelle avoir lu Eksil, de Jakob Ejersbo, un auteur danois décédé d’un cancer en 2008 à l’âge de 40 ans. J’ai eu beau le recommander à plusieurs maisons d’édition, jamais je n’ai réussi à convaincre. Il semblerait que ce roman ait finalement été publié en 2013 aux éditions Galaade, mais Jakob Ejersbo est l’auteur d’autres romans marquants traduits à l’étranger. L’un d’eux, Nordkarft, a même reçu diverses récompenses et été porté à l’écran. Son œuvre est assez dure, principalement consacrée au mal être des adolescents et jeunes adultes, à la drogue et à l’Afrique où il a lui-même passé une partie de ses jeunes années.Également A J Kazinski, duo d’auteurs à l’origine de la série des Niels Bentzon (Le dernier homme bon, le sommeil et la mort) que je traduis pour les éditions J C Lattès. En marge de cette série, ils ont sorti en 2014 un thriller qui a très bien marché au Danemark : Forfølgerne (les persécuteurs).Enfin, Jesper Stein, qui a beaucoup fait parler de lui avec son premier roman, Uro, succès confirmé depuis avec Bye bye Blackbird (2013) et Akrash (2014). Cette série est consacrée à un commissaire de la police criminelle de Copenhague dont les enquêtes nous mènent principalement dans le quartier populaire de Nørrebro rendu célèbre par les émeutes de 2006-2007.

Qu’est-ce qui vous a plu dans l’ouvrage d’Inger Wolf, Noir septembre ?

En 2009, alors que je cherchais une première traduction à proposer aux maisons d’édition, j’ai fait le pari de dénicher un auteur inconnu en France, débutant mais prometteur. J’ai alors lu plusieurs romans, dont Sort sensommer (Noir septembre), auquel l’académie de littérature policière danoise venait de décerner le prix du meilleur premier roman de l’année. La qualité de l’intrigue et de l’écriture m’ont convaincu. Mais ce qui a fait la différence, c’est le personnage principal, le commissaire Daniel Trokic. Élevé par sa mère danoise dans une cité pauvre, sous le ciel gris et triste du Danemark, bien loin du pays ensoleillé de son père, la Croatie. On ne peut pas dire qu’il ait été épargné par la vie. Les raisons de son caractère secret et taciturne nous sont dévoilées par bribes dans ce roman et j’ai tout de suite senti que ce personnage possédait un potentiel exceptionnel et que l’auteur en gardait encore sous le coude en vue des prochains volets de la série.

Quels sont vos prochains projets ?

J’ai plusieurs romans déjà traduits qui doivent sortir dans le courant de l’année :
. La mort du Père Noël, roman pour adolescents du Danois Kenneth Bøgh Andersen, chez Pocket Jeunesse.
. Le détective chauve, d’Anna Grue, polar danois, chez Gaïa.
. Évidemment, Noir septembre, d’Inger Wolf.
Actuellement, je traduis pour Gallimard le premier volet de la nouvelle série du Suédois Mons Kallentoft (Hiver, Été, Automne, Printemps, La cinquième saison, Les anges aquatiques).
Je devrais ensuite enchaîner avec le troisième volet des aventures de Niels Bentzon (après Le dernier homme bon et Le sommeil et la mort), d’A J Kazinski, dont la sortie au Danemark est prévue au printemps.

Votre bibliographie chronologique :

. Le dernier homme bon, A J Kazinski, J C Lattès, 2011
. Printemps, Mons Kallentoft, Le Serpent à Plumes, 2011
. Furioso, Carin Bartosch Edström, J C Lattès, 2012
. L’enfant dans la valise, Lene Kaaberbøl & Agnete Friis, Fleuve Noir, 2013 (Avant-première France Loisir 2012)
. Le sommeil et la mort, A J Kazinski, J C Lattès, 2013
. Dans le livre des rêves, Mikkel BirkegaardFleuve Noir, 2013
. Meurtre silencieux, Lene Kaaberbøl & Agnete Friis, Fleuve Noir, 2014
. Les anges aquatiques, Mons Kallentoft, Seuil, 2014
. L’art de mourir, Anna Grue, Gaïa, 2014
. La fabuleuse histoire de la poire géante, Pocket Jeunesse, 2014