Kamil Barbarski

Biographie

Kamil Barbarski est né en 1977 à Przasnysz, en Pologne. Il arrive en France à l’âge de 12 ans sans connaître du français plus que la conjugaison des verbes être et avoir au présent, les noms tels que le coq, la poule, le chien (très utiles au collège) et la chanson Frère Jacques… en phonétique ! Mais il tombe rapidement amoureux de la langue de Molière, se met à écrire dès le lycée, est primé à plusieurs concours d’écriture, dont celui du DESS d’Edition de la Sorbonne en 2004.
Aujourd’hui, il est lecteur et conseiller littéraire pour de nombreuses maisons d’éditions. Il a traduit pour les éditions Mirobole le roman Les Impliqués de Zygmunt Miloszewski.


Pourquoi et comment êtes-vous devenu traducteur ?

À l’origine, je suis ingénieur en micro-électronique… (Mais déjà au lycée, je traduisais pour mon propre plaisir des extraits de Raymont ou des poésies de Szymborska). Un jour, j’en ai eu assez et je me suis lancé dans ce métier-passion.

Arrivez-vous à vivre grâce à la seule traduction ?

Ça reste difficile. Mais la France est un pays qui protège ses créateurs d’activité – mon ancienne entreprise d’ingénierie m’a aidé au début. Aujourd’hui, je ne peux compter que sur moi-même mais ce coup de pouce initial s’est avéré très utile.

Quels sont les livres qui vous ont marqué, les lectures récentes qui vous ont plu… ?

Si je ne pouvais garder qu’un auteur, ça serait probablement Henry Miller. Les années passent et je trouve toujours ses confidences aussi émouvantes et profondes.
Par ailleurs, les personnages de Truman Capote me hantent, je n’oublie aucun roman de Rylski, certains de Coetzee, de Duras, de Rushdie, le Ulysse d’Eyvind Johnson ou encore Zorba le Grec m’ont bouleversé, les univers de Graham Greene et de Knut Hamsun me parlent.
Parmi les livres plus récents, je citerai Cristallisation secrète de Yoko Ogawa, Je suis la bête d’Anne Sibran ou encore Le Syndrome de Fritz de Dmitri Bortnikov. J’arrête là parce que plus je réfléchis à cette liste et plus j’aimerais y ajouter des noms !

Que pouvez-vous nous recommander en littérature polonaise ?

C’est un peu frustrant parce que parmi les écrivains polonais contemporains, mon préféré, Eustachy Rylski, possède un style d’une incroyable densité très difficile à rendre en français. Mais la force de ses histoires, comme La Condition par exemple, demeure inchangée.
L’incontournable oublié serait pour moi le journal intime d’Andrzej Bobkowski, qui raconte son tour de France à vélo… en pleine deuxième guerre mondiale ! Je n’aime pas le titre français, En Guerre et en paix, mais hormis ce détail, c’est de la grande littérature.
On peut aussi se tourner vers des recueils de nouvelles, tels Bakakaï de Gombrowicz, les romans courts d’Iwaszkiewicz, comme Les Amants de Marone, ou, plus récemment, Olga Tokarczuk qui s’est même essayée au roman policier avec succès.
Et puis, je suis en train de finir la lecture du tout nouveau roman de Miloszewski et (je ne dis pas ça parce qu’on le traduit) cet auteur est vraiment doué ! J’espère qu’il s’installera durablement dans le paysage littéraire français.
Qu’est-ce qui vous a plu dans le polar de Zygmunt Miloszewski, Les Impliqués ?
Sa double, triple, voire quadruple dimension ! C’est à la fois un roman policier d’une terrible efficacité et une réflexion inhabituelle sur la Pologne d’aujourd’hui, voire sur la structure de toute démocratie européenne. Le parallèle entre une thérapie familiale et une société gangrénée par des secrets politiques, c’est admirablement trouvé.

Diriez-vous que lire ce polar peut donner une idée juste (sinon exhaustive…) de la Pologne d’aujourd’hui ? Les difficultés financières au quotidien, la bureaucratie, le sexisme, l’omniprésence du foot et de la religion catholique…

Ça peut surtout donner à voir un aspect de la Pologne dont les Polonais eux-mêmes ne sont pas toujours conscients, ou qu’ils préfèrent ne pas remarquer, à savoir la persistance dans tout le pays des restes de la police secrète communiste reconvertie en mafia d’affaires. Mais en France aussi, en dehors des enquêteurs du Canard enchaîné, on préfère ne pas songer aux « arrangements » effectués entre les milieux d’affaires et les politiques. Pour le reste, oui, ça peut donner une idée de ce qu’est devenu ce pays intégré dans la mondialisation et des particularités qu’il s’obstine à garder.

Tous les Polonais sont-ils aussi machistes que Teodore Szacki ?

D’après moi, Szacki n’est pas machiste (ce qui tendrait à prouver que je le suis autant que lui…). Il l’est par les pensées qui défilent dans sa tête mais jamais dans ses actes. Le partage des taches ménagères avec sa femme, son respect pour sa directrice (alors qu’il peut être très critique vis-à-vis de ses collègues masculins) et son côté romantique réveillé par Monika, tout cela me fait croire qu’il n’est pas ce qu’il pense être. Les femmes aussi ne freinent pas toujours leurs observations politiquement incorrectes !
Sur un plan plus général, la Pologne n’est pas un pays méditerranéen. Les hommes y roulent moins des mécaniques, jouent moins aux machos… ce qui ne veut pas dire qu’ils ne le sont pas ! On y trouve une éducation « à l’ancienne » : mes cousines m’engueulent si j’oublie de les laisser passer devant moi, il est naturel de proposer de porter le sac d’une femme, le baisemain est encore très répandu parmi les plus de cinquante ans. Le statut des femmes est similaire à celui en France, mais la culture diffère.

Quels sont vos prochains projets ?

Il est toujours délicat d’en parler. Ne pas vendre la peau de l’ours… mais je suis en négociation pour deux nouvelles traductions. Des romans d’une grande qualité ; j’espère que cela se fera.
J’aimerais aussi prendre le temps de finaliser deux romans que j’ai écrit, un en français et un en polonais.
Enfin, je compte bien sûr traduire le deuxième opus des aventures du procureur Teodore Szacki.

Votre bibliographie chronologique :

Les Impliqués, c’est ma première traduction publiée. La plus difficile à obtenir ! Je ne remercierai jamais assez les éditions Mirobole de m’avoir donné ma chance. Nous sommes, je crois, assez fiers du résultat, donc tout va bien. Mais ce sera aux lecteurs de juger.