Laura Derajinski

Née en 1981 d’un père russe et d’une mère française, Laura Derajinski effectue une partie de ses études aux États-Unis et obtient un diplôme de traduction littéraire à l’ITIRI de Strasbourg. Ses domaines de prédilection sont paradoxalement la littérature urbaine et le nature writing, avec une préférence pour le roman noir au style torturé. Elle compte à son actif une vingtaine de traductions de la littérature américaine, écossaise, sud-africaine et indienne auprès d’éditeurs indépendants comme Gallmeister, Yago, Le Cherche midi et Sonatine. Elle s’est chargée avec brio de la traduction de Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour pour Mirobole Editions.

Et pour connaître un peu plus Laura, voici l’interview que nous avons réalisée :

Présentation : Pourquoi et comment êtes-vous devenue traductrice ?

J’ai grandi dans une famille biculturelle, mon père est russe et ma mère française, aussi ai-je baigné depuis toute petite dans des cultures différentes où le passage d’une langue à une autre se faisait naturellement.
J’ai également été attirée dès l’enfance par la littérature. À cela s’est greffé un intérêt pour l’anglais, développé à travers mes voyages et mes études. La traduction littéraire est une vocation qui m’est venue très tôt, c’est une association parfaite de mes passions. J’ai cette envie et ce plaisir d’être l’acteur invisible qui œuvre dans l’ombre de l’auteur.
J’aime les jeux et les enjeux du métier, son aspect créatif, les surprises qu’il apporte, tant sur le plan littéraire que personnel. Le dialogue avec l’auteur au cours de ma traduction est précieux, c’est un lien indispensable et privilégié.
Je suis venue à la traduction après des études d’anglais, puis un DESS de traduction littéraire. Suite à un stage dans une maison d’édition, j’ai été engagée au service des droits étrangers où j’ai travaillé pendant plusieurs années sans contact direct avec la traduction : puis une occasion s’est présentée, on m’a proposé de faire un essai, et j’ai signé mon premier contrat. Malgré mon diplôme de spécialisation, je suis entrée dans le métier par une porte dérobée, en intégrant d’abord le milieu de l’édition.

Arrivez-vous à ne vivre que grâce la traduction ?

Oui, c’est un métier qui m’occupe à temps plein.

Quels sont les livres qui vous ont marquée, et les lectures récentes qui vous ont plu ?

Beaucoup de livres ont eu un impact fort au cours de mes années collège, quand mon goût pour la lecture s’est véritablement déclaré. Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main mais je retiens un livre qui m’a envoûtée et qui a suscité cet amour pour la littérature anglo-saxonne : Les Raisins de la colère de Steinbeck. À 13 ans, ce roman a été l’élément déclencheur de mon parcours.
Plus tard, à la fac, il y a eu des ouvrages intenses en termes de style et de travail sur la forme : L’Orange mécanique d’Anthony Burgess, American Psycho de Bret Easton Ellis – sur lequel j’ai fait mon mémoire de maîtrise.
Il y a aussi ma première traduction, bien entendu, Les Bisons de Broken-Heart, qui a été une aventure incroyable car mes échanges avec l’auteur ont été émouvants et inoubliables. Tous les ouvrages que j’ai pu traduire restent ancrés en moi, il y a Sukkwan Island de David Vann que je n’oublierai jamais.
En lectures de divertissement, en dehors de mon travail, j’ai récemment beaucoup aimé Contrée Indienne de Dorothy Johnson et Une vie de racontars de Jørn Riel.
Je suis également une lectrice avide de BD et, surtout, d’albums illustrés pour enfants : je les lis à mon fils mais à dire vrai, je m’amuse autant que lui.

Pourquoi la littérature américaine, qu’est-ce qui vous attire là-dedans ?

Je m’intéresse à toutes les formes d’écrits en général, j’essaie de ne pas m’enfermer dans une seule branche de la littérature anglo-saxonne, même s’il est vrai que l’on peut être spécialiste d’un pays, tant les cultures varient d’un bout à l’autre de la planète. J’ai eu la chance de traduire des ouvrages écossais, sud-africains, etc. Mais je m’oriente plus facilement vers la littérature américaine car j’ai vécu là-bas quelques années et je me sens très à l’aise face aux références culturelles, à l’argot, aux sports américains que j’affectionne particulièrement.

Et pourquoi Comment j’ai cuisiné, qu’est-ce qui vous a plu dans ce livre?

Je suis très fan de ce genre de littérature et de films de zombies : ici, S. G. Browne réussit à faire un roman de genre à la fois drôle, intelligent et touchant. La « voix » d’Andy, son narrateur, était très amusante à rendre en français, c’était un exercice de style passionnant, un bon défi. J’aime son humour, son sens de la répartie, son inventivité. Et l’auteur arrive à glisser une réflexion sur l’exclusion et la discrimination au travers d’un récit de zombies, l’idée est excellente. C’est la traduction qui m’a le plus amusée jusqu’à présent.
J’adore la couverture des éditions Mirobole, elle « traduit » en un coup d’œil l’esprit du roman, c’est une belle réussite.

Quels sont vos prochains projets ?

Je viens entre autres de traduire un roman de Glendon Swarthout, intitulé en anglais The Homesman, qui paraîtra aux éditions Gallmeister. L’adaptation cinématographique, réalisée par Tommy Lee Jones, est en cours de tournage avec Tommy Lee Jones et Meryl Streep dans le casting.
J’ai plusieurs projets à venir en littérature américaine sur ce second semestre 2013.
Sans oublier le prochain roman de S. G. Browne aux éditions Mirobole, J’ai vu des zombies manger le Père Noël, qui me promet encore des heures de fous rires. Autant dire que j’ai hâte de retrouver Andy et son univers.

Votre bibliographie chronologique :

• Impurs. David Vann (Gallmeister, mars 2013)
• Demain est un autre jour. Lori Nelson Spielman (Le cherche midi,)
• Comment j’ai cuisiné mon père… Scott Browne (Mirobole éditions)
• Et tous mes amis seront des inconnus. Larry McMurtry (Gallmeister)
• 13 ½. Nevada Barr (Le cherche midi)
• Le Tireur. Glendon Swarthout (Gallmeister)
• L’Effet domino. Alex Scarrow (Le cherche midi)
• Come together. Peter Doggett (Sonatine Editions)
• Les voleurs de Manhattan. Adam Langer (Gallmeister)
• Twisted Tree. Kent Meyers (Gallmeister)
• Les Fleurs de l’ombre. Steve Mosby (Sonatine Editions)
• Désolations. David Vann (Gallmeister, septembre 2011)
• Artères souterraines. Warren Ellis (Au diable vauvert)
• 13 Cents. K. Sello Duiker (Yago)
• La théorie des dominos. Alex Scarrow (Le cherche midi)
• After Tears. Niq Mhlongo (Yago)
• Le Making-of de Toro. Mark Sundeen (Gallmeister)
• Sukkwan Island. David Vann (Gallmeister)
→ Prix Médicis Étranger 2010
→ Prix des Lecteurs de l’Express 2010
• Rencontres avec l’Archidruide. John McPhee (Gallmeister)
• Rites d’automne. Dan O’Brien (Au diable vauvert)
• Glu. Irvine Welsh (Au diable vauvert)
• Porno. Irvine Welsh (Au diable vauvert)
• The Clash. The Clash (Au diable vauvert)
• Recettes intimes de grands chefs. Irvine Welsh (Au diable vauvert)
• Les Bisons de Broken Heart. Dan O’Brien (Au diable vauvert)